Publié le 8 janvier 2026

Mitterrand, 30 ans après : l’héritage n’est pas un mausolée, c’est une boussole.

Trente ans. Une génération entière est née et est devenue adulte depuis ce 8 janvier 1996 où François Mitterrand nous a quittés. Pour beaucoup de jeunes de la circonscription que je croise sur les marchés, il est une figure historique, une image parfois floue, parfois controversée. Pour ma génération, et pour tous ceux qui ont vécu le « 10 mai », il reste le souvenir indélébile d’un printemps où tout devenait possible.

Pourtant, commémorer François Mitterrand en 2026, ce n’est pas verser dans la nostalgie sépia d’une époque révolue. Ce n’est pas refaire le match du Congrès d’Épinay ni occulter les parts d’ombre ou les renoncements. Être fidèle à cet héritage, c’est regarder la réalité en face, avec lucidité et exigence.

Car l’empreinte de ces années-là structure encore, puissamment, notre quotidien. Le « mitterrandisme » concret, c’était d’abord une reconquête du temps. Le temps de vivre, avec la 5e semaine de congés payés, qui a permis à tant de familles de découvrir la mer ou la montagne. Le temps de se reposer après une vie de labeur, avec la retraite à 60 ans.

Cette mesure phare n’était pas un cadeau économique ; c’était un choix de civilisation. C’est dire que la vie d’un ouvrier, d’une enseignante, d’un cadre, ne se résume pas à sa force productive. C’est précisément ce choix philosophique que nous avons défendu avec force à l’Assemblée nationale en novembre dernier , en votant la suspension d’une réforme des retraites brutale et injuste. Quand nous nous battons aujourd’hui pour le pouvoir d’achat, pour la reconnaissance de la pénibilité, ou contre le report de l’âge légal, nous tirons le fil rouge de 1981. Nous ne sommes pas les gardiens d’un musée, mais les protecteurs des droits vivants.   

L’héritage, c’est aussi le courage moral absolu. L’abolition de la peine de mort, portée par Robert Badinter sous l’impulsion du Président, nous rappelle que la politique doit savoir s’élever contre les vents mauvais de l’opinion pour défendre l’humanité en chaque homme. C’est ce qu’on appelle le sens de l’État. À l’heure où les populismes simplifient tout, où la brutalité du débat public menace nos institutions, ce sens de la nuance et de la hauteur de vue est une exigence absolue pour nous, socialistes.

Ici, en Nouvelle-Aquitaine, sur cette terre qu’il aimait charnellement et où il puisait sa force, nous savons que la politique ne se fait pas que dans les salons parisiens. Elle se construit dans l’aménagement de nos territoires, dans la protection de nos paysages, dans ce lien direct et rugueux avec le réel. Mitterrand avait compris avant beaucoup l’importance de la décentralisation, donnant aux élus locaux la liberté d’agir pour leurs concitoyens. C’est cette liberté que j’exerce chaque jour à vos côtés.

Alors, trente ans après, quelle est notre responsabilité? Elle est immense. Mitterrand a ouvert des portes ; à nous d’en ouvrir de nouvelles. Le combat pour la réduction du temps de travail continue avec les débats sur la semaine de 4 jours. Le combat pour la justice s’étend désormais à l’urgence climatique, un défi que le XXe siècle avait à peine entrevu.

Ne soyons pas des héritiers passifs. Soyons les artisans des protections de demain. Pour la justice sociale, pour la République, le chemin continue.