Cancers pédiatriques : la solidarité nationale n’est plus une espérance, c’est une loi.
Il y a des jours à l’Assemblée nationale où le tumulte s’efface devant l’essentiel. Ce mardi 13 mai, lorsque l’écran de l’hémicycle a affiché 98 voix pour et 22 contre, nous n’avons pas seulement voté un texte législatif. Nous avons réparé une injustice sourde, une anomalie cruelle que notre société tolérait dans un silence résigné.
Pour beaucoup de familles que je croise dans notre circonscription, la maladie d’un enfant est une épreuve indicible. Mais s’entendre dire que les traitements n’existent pas, ou qu’ils sont inadaptés, parce que le marché n’est pas assez vaste pour intéresser l’industrie pharmaceutique, c’est une violence absolue. Sur 150 médicaments anticancéreux développés pour les adultes depuis 2009, seuls 16 ont été autorisés pour la pédiatrie. Accepter ce constat, c’était accepter que la vie de nos enfants soit soumise à la loi froide de l’offre et de la demande.
Pourtant, faire de la politique en 2026, ce n’est pas verser dans le fatalisme économique. Être fidèle à nos idéaux de justice, c’est regarder cette réalité en face et exiger que l’État stratège reprenne la main là où le marché est défaillant.
Car ce que nous avons voté ce mardi structure puissamment notre modèle social. En instaurant une contribution de 0,10 % sur le chiffre d’affaires des grands laboratoires pour lever 45 millions d’euros par an, nous faisons un choix clair. Ce fonds d’investissement public, qui sera géré par Bpifrance, ira directement soutenir nos chercheurs et nos start-ups françaises. Cette mesure n’est pas qu’un ajustement financier ; c’est un choix de civilisation. C’est affirmer que la vie d’un enfant ne se mesure pas à sa rentabilité potentielle. Quand nous nous battons aujourd’hui pour financer cette recherche spécifique, pour éviter la fuite de nos brevets, ou contre les séquelles des chimiothérapies pour adultes administrées aux plus petits, nous tirons le fil rouge de la solidarité nationale. Nous ne sommes pas les comptables d’un système, mais les protecteurs du droit à la vie.
Ici, dans la sixième circonscription de la Gironde,@ que ce soit au Haillan, au Taillan-Médoc, à Martignas-sur-Jalle, à Mérignac, à Saint-Aubin-de-Médoc, à Saint-Jean-d’Illac ou à Saint-Médard-en-Jalles, sur cette terre d’engagement solidaire, nous savons que la politique se construit dans ce lien direct et parfois rugueux avec le réel. Elle se nourrit des combats de terrain pour faire bouger les lignes à l’échelle du pays. Les associations formidables avec lesquelles nous avons co-construit ce texte, qu’elles soient locales ou nationales comme l’association parisienne Grandir sans cancer, ont compris avant beaucoup que la charité et les cagnottes en ligne ne pouvaient plus pallier les carences de la République. C’est leur indignation citoyenne, digne et acharnée, que j’ai portée à la tribune.
Alors, au lendemain de ce vote historique, quelle est notre responsabilité ? Elle est immense. La Représentation nationale a ouvert une porte ; à nous de veiller à ce qu’elle ne se referme pas. Le combat contre l’impasse thérapeutique continue avec la mobilisation pour l’inscription de ce texte au Sénat.
Ne soyons pas des spectateurs satisfaits de cette première victoire. Soyons les artisans d’une santé publique qui n’oublie aucun de ses enfants. Pour l’égalité devant le soin, pour la République, le chemin continue.