Publié le 10 juin 2026

Indopacifique et devoir de mémoire : la France doit assumer son rôle face à l’Histoire

Il y a des moments dans la vie parlementaire où le tumulte de l’actualité immédiate doit s’effacer devant le temps long de la géopolitique et de l’Histoire. Du 2 au 5 juin 2026 , lors de la mission de la Commission de la défense nationale et des forces armées à Hanoï, nous n’avons pas seulement mené des entretiens diplomatiques. Nous avons réaffirmé la place d’une France souveraine, équilibrée et lucide, soucieuse de la paix, dans une région Indopacifique sous tension.

Pour beaucoup, l’Asie du Sud-Est peut sembler lointaine. Mais s’entendre dire que la stabilité de cette région ne nous concernerait pas, sous prétexte de distance géographique, serait une erreur stratégique absolue. La France, par ses territoires ultramarins, est une nation de l’Indopacifique. Accepter le recul du droit international ou menacer la liberté de navigation dans ces eaux, c’était accepter que notre propre souveraineté soit soumise à la loi du plus fort.

Pourtant, faire de la politique en 2026, ce n’est pas verser dans le fatalisme diplomatique. Être fidèle à notre rang, c’est regarder cette réalité en face et exiger que notre Nation consolide ses alliances stratégiques. C’est tout le sens des échanges approfondis que nous avons menés avec la Vice-ministre des affaires étrangères Mme Le Thi Thu Hang , le Vice-Président de l’Assemblée nationale M. Nguyen Doan Anh , le Colonel General Le Tan Toi , ainsi qu’avec le Vice Premier Ministre et Ministre de la Défense.

Cette coopération géostratégique ne s’arrête pas aux portes des ministères. Elle trouve une résonance directe dans nos territoires. Ce que nous défendons là-bas structure puissamment notre souveraineté industrielle ici. Lorsque nous échangeons avec les représentants des fleurons de notre industrie de défense comme Thales, Airbus ou Safran, c’est à la sixième circonscription de la Gironde que je pense. Que ce soit à Mérignac, au Haillan ou à Saint-Médard-en-Jalles, sur cette terre d’excellence aéronautique et spatiale, nous savons que la politique de Défense se construit par l’innovation de nos bureaux d’études et le savoir-faire de nos compagnons, techniciens, ouvriers. C’est leur travail acharné, reconnu mondialement, que je porte lors de ces missions.

Enfin, cette diplomatie de l’avenir ne peut se construire sans regarder notre passé avec dignité. Se rendre à Điện Biên Phủ, arpenter les collines Dominique , Béatrice et Eliane 2, c’est toucher du doigt le sacrifice indicible. En déposant nos gerbes au mémorial français et au cimetière vietnamien, nous ne sommes pas les comptables d’une histoire révolue, mais les gardiens d’une mémoire partagée.

Au retour de cette mission, quelle est notre responsabilité ? Elle est immense. La Représentation nationale a posé quelques pierres sur un chemin de dialogue avec le Vietnam ; à nous de veiller à ce qu’il se poursuive. Ne soyons pas les spectateurs passifs des basculements du monde. Soyons les artisans d’une paix active et d’une souveraineté assumée. Pour nos valeurs, pour la République, le chemin continue.